Impact Sud asbl » 2007 » octobre
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« La population du Kivu est fatiguée, épuisée, désespérée, anéantie ….faisons un geste, car L’indifférence est bien pire que la violence. »

octobre 4th, 2007 - Publication -

Par Mado Chideka - Impact Sud asbl

Goma : les affrontements paralysent les villages

Les violences sexuelles

Je souligne dans cet article que la situation au Kivu est catastrophique, la communauté internationale doit prendre de mesures radicales pour mettre fin à la guerre.
Les femmes sont prises comme cibles dans les affrontements entre groupes armés au kivu, elles sont violentées, violées, pillées, souillées, et pour couronner le tout, abandonnées par leur mari.

Les affrontements mettent en péril tout espoir de s’en sortir, le manque d’intervention armée, et de la communauté internationale reste un sujet de préoccupation dans l’est du congo.

Les femmes qui ont fui leurs villages n’osent plus y retourner, de crainte d’être enlevées et violées.  Elles vivent en ville sans aucun suivi médical, psychologique et sans travail. Celles qui acceptent de parler ou de se rendre dans les hôpitaux y reçoivent des soins avec le risque d’être rejetées par leurs maris et la communauté. Il faut savoir que la plupart de ces femmes étaient cultivatrices, ou avaient un petit commerce et s’occupaient de la scolarité de leurs enfants.

Il faut être fort pour les visiter sans laisser paraître son émotion. Parmi ces femmes, on retrouve des jeunes enfants. On m’a dit qu’une semaine avant mon passage au HEAL AFRICA à Goma (initiative financée par les USA, Pool Fund, GTZ, UNICEF…) il y avait une petite fille de 3 ans qui avait été violée par un rebelle appartenant à une milice armée non identifiée.  A la fin de ma visite, les femmes étaient étonnées de me voir partir sans aucune photo d’elles, J’ai refusé d’en faire, j’avais trop de peine et  au fond de leurs yeux j’ai vu ce qu’elles attendaient de moi: une promesse de revenir avec un projet solide, subsides à la clé : une aide immédiate !

Les femmes attendent qu’un projet spécifique qui traitera de leur problème soit mis en route dans la région du Grand Kivu. Il y a plusieurs initiatives allant dans ce sens mais aucune n’a été vraiment au fond de cette problématique ou du moins aucune n’ a tenu compte de leurs attentes.
J’ai voulu en  savoir un peu plus, elles n’ont pas été par quatre chemins pour me faire part de leurs desiderata.

Le super projet pour elles, c’est celui qui mettra fin à la guerre, c’est ce projet qui peut leur garantir la sécurité et une vie normale. Sur ce point, elles ont été claires dans leurs propos.

En swahili « tume taka amani, ni heri watu wasikiye , amani ita tupa furaha ya ku ishi, tuta fanya kazi zetu , hata tupo wa kosefu »

En français «Nous voulons la paix, c’est simple de comprendre cela, la paix nous donnera la joie de vivre, nous vaquerons à nos activités quotidiennes quelque soit notre niveau de vie »

Depuis le début des affrontements au kivu,  en 1996, jusqu’à l’heure où je rédige ces lignes en octobre 2007, la population du Kivu a été victime  des actes jugés comme crimes contre l’humanité.
Les villes et villages sont pillés systématiquement, les femmes sont violentées, violées, enlevées, torturées,  tuées, enterrées vives(15 femmes enterrées vives dans le territoire de Mwenga, Sud-kivu), sans oublier les tortures morales. Des travaux forcés sont infligés aux hommes, le recrutement de grès ou de force des enfants soldats inquiète la communauté rurale.

Ces violences sont perpétrées par des groupuscules armés ( CNDP de Laurent Nkunda, Mai-Mai, FDLR, Rastas…. ) et selon les témoignages, les soldats de l’armée régulière (FARDC) n’épargnent pas non plus la population.

En parlant de paix, les femmes faisaient allusion au cessez-le feu évidemment, mais aussi, au départ des différentes forces étrangères présentes sur le territoire de l’Est de la RDC.
J’ai été surprise de la manière dont elles ont abordé le départ de la MONUC (Mission de l’ONU au Congo). Je cite : « Nous voulons leur départ d’autant plus que nous avons le sentiment que leur présence prolongée n’arrange en rien notre situation »

Je savais que certains éléments de la MONUC étaient responsables de la violation de droits de l’homme ( incitation de jeunes filles à la prostitution) , mais j’ai appris qu’ils sont aussi responsables d’actes de viol sur mineures. C’est révoltant !

A qui peut-on faire confiance dans ce genre des conflits?

La population de Walungu est consciente du rôle capital que joue le contingent pakistanais basé sur la colline de Cibarhama à Walungu (Sud-Kivu).
En effet, leurs équipes patrouillent nuit et jour pour assurer la paix dans cette partie du pays. Cependant, la même MONUC joue un grand rôle dans la prostitution des jeunes filles, la délinquance et l’infidélité de certaines femmes pauvres.

Il est impératif que la communauté internationale réagisse favorablement aux
demandes formulées par la société civile, à fortiori celles formulées par les femmes et les enfants.
La paix durable, le seul moyen qui permettra aux femmes de vivre normalement dans leur bourgade est loin d’être une des priorités du gouvernement congolais, et mieux encore, est  loin d’être le souci des personnes qui profitent économiquement de cette situation d’instabilité.
Comme en milieu rural où les bandes armées font la loi, la population en milieu urbain n’est pas épargnée. Les viols et les vols sont perpétrés dans les zones urbaines, par des bandes armées, composées des anciens enfants soldats, des anciens combattants, qui après leur démobilisation se retrouvent au chômage, sans aucune perspective d’avenir, se livrant au banditisme nocturne jamais connu dans ces régions(vols, viols, tueries).

Au mois de septembre, lors, de mon passage à Goma, une bande armée avait été arrêtée par la police nationale. Selon la police, un avocat, membre de la ligue des droits de l’homme était à la tête de la bande qui sévissait dans les quartiers résidentiels de la ville de Goma.

A qui peut-on faire confiance ?

L’Aide Humanitaire

L’Est du Congo étant la scène des affrontements violents, les travailleurs humanitaires se sentent en danger et prennent toutes les mesures nécessaires pour faire face à cela, chose difficile d’autant plus qu’ils doivent intervenir dans les zones sinistrées hors de la ville de Bukavu.

L’aide apportée par les ONG internationales est une aubaine pour la population locale, mais il convient de rappeler que les ONG internationales font un travail d’urgence, de façon ponctuelle et selon les priorités humanitaires.

Les ONG locales interviennent de façon permanente, mais, faute de moyens financiers suffisants, les besoins des bénéficiaires sont rarement satisfaits.

 Les femmes : pilier de la société

La violence physique faite à la femme handicape toute la famille et la communauté. C’est la femme qui porte la lourde tâche de la famille, de la nourriture aux soins de santé en passant par la scolarisation des enfants. Etant donné sa marginalisation et sa vulnérabilité, la femme est exposée à toutes les formes de violences (viol, abandon du mari, violence conjugale), contamination au VIH et autres MST, d’une part, et d’autre part c’est elle et les enfants qui subissent  l’impact de la maladie et de la violence physique.

La violence sexuelle faite à la femme relève d’une tactique de domination que les différentes factions armées utilisent dans l’intention :
De paralyser et d’humilier les communautés rurales et urbaines, afin de piller les richesses naturelles(coltan, or, cassitérite…) dans les zones géographiques abandonnées par les populations humiliées, souillées et violentées ;
De rejeter la faute  sur des groupuscules incontrôlés, afin de mieux asseoir leur rébellion.

La concertation sociale

Afin de mieux comprendre les problèmes que connaissent les femmes, j’ai organisé une session de trois jours à raison de 4 heures par jour. Les femmes de toutes les couches de la population y étaient représentées (commerçante, enseignante, directrice d’école, femme au foyer, bureaucrate, couturière, cultivatrice…)

A  la fin de la session, nous avons conclu que le programme d’information structuré  serait un moyen de communication efficace dans le développement socioculturel, économique  et éducatif de la femme et de la famille.

Les femmes ont suggéré  l’ouverture d’un centre susceptible de traiter des questions psycho-sociales et juridique, un endroit où elles pourraient s’exprimer librement, sans jugement et sans aucune forme de stigmatisation et de marginalisation.

La question juridique :

Elles m’ont fait part de leur intention de se constituer en groupe pour porter plainte contre leurs violeurs, mais plusieurs seront incapables de les identifier et ont peur des représailles qui peuvent en découler tant que les hostilités font encore rage dans la région.

Dans une ambiance bon enfant, plusieurs m’ont confié que les dégâts ou séquelles de toute cette violence sont parfois apparents (malade du sida, cicatrices sur diverses parties du corps…).Elles ont insisté sur les séquelles que ces viols engendrent et engendreront à plus long terme.
« Aujourd’hui, nos enfants portent la honte, ils nous regardent différemment, cela est plus douloureux pour nous que l’abandon du père. »

Une femme invoquera la situation des enfants nés en captivité, ou issus de viols perpétrés dans les villages (Bunyakiri, Walungu, Kanyola, Nzibira, Tubimbi, Mwenga…)

Tout au long de ma démarche, étant donné mon souci de comprendre les problèmes liés aux violences sexuelles, afin de faire entendre la voix de ces femmes, je n’avais pas pensé aux enfants.

Eh bien ! Quel avenir pour ces enfants ?

Les mères essaient tant bien que mal à les élever, à les éduquer et à les intégrer dans la communauté, pourtant, ils sont rejetés sans cesse.

Aucune initiative concrète ne se charge efficacement du sort de ces enfants.
Pour moi, ce sont des « oubliés » de tous les débats ou projets qui traitent du viol.