Jacques Vellut

jacques_vellut« Le banquier solidaire » :

Ancien responsable de la Fondation Damien puis d’Entraide et Fraternité, Jacques Vellut, aujourd’hui à la retraite, est l’un des fondateurs des Ecus Baladeurs, un groupe d’épargne de proximité créé dans les années 80.
Le principe de ces groupes est simple : plusieurs personnes mettent une partie de leur épargne en commun pour accorder des prêts sans intérêts à des projets sociaux au sens large.

Après quelques années de travail en Inde, avec mon épouse, j’ai travaillé dans des ONG où j’étais responsable de sommes d’argent importantes tout en restant en contact avec les populations du Sud. C’est sans doute ce qui m’a sensibilisé à voir l’argent « autrement », comme un levier pour « changer des choses », plutôt que comme un « capital » à faire grossir. Très tôt, je suis devenu coopérateur de Crédal et d’Alterfin.

J’investis aussi une partie de mon épargne dans des coopératives comme, par exemple, l’éolienne Energie 2030 du côté d’Eupen, l’éolienne des enfants à Finnevaux, ou encore la Ferme du Hayon, en Gaume. Quand j’apprends l’existence de projets de ce type, j’essaie de les encourager.

En ce qui concerne les Ecus Baladeurs, nous n’étions pas des pionniers. Plusieurs groupes d’épargne de proximité comme l’Aube, le Pivot, la Fourmi solidaire existaient avant nous. D’autres ont disparu depuis.

Mais en tant qu’asbl, ces groupes d’épargne de proximité ne pouvaient légalement pas lancer d’appels publics à l’épargne. Nous, nous voulions être ouverts et nous ménager la possibilité d’accueillir de nouveaux membres à n’importe quel moment. Nous avons donc pris le temps nécessaire pour réfléchir à la rédaction de nos statuts en y intégrant une petite originalité.

On a décidé que l’argent resterait chez les membres. Ceux-ci le mettent simplement à la disposition des Ecus Baladeurs. Quand on accorde un prêt, ce sont donc les membres qui prêtent, à titre personnel, mais au nom des Ecus Baladeurs et selon les modalités décidées en assemblée générale. Et en cas de non-remboursement, nous restons tous solidaires, mais cela n’est pas encore arrivé en plus de 20 ans.

Dans notre groupe, chaque fois que nous recevons une nouvelle demande de prêt, deux membres rencontrent
les demandeurs et apprennent ainsi à mieux connaître le projet, ses objectifs, ses difficultés, avant d’en faire rapport au groupe complet. C’est ce qui permet de concrétiser « l’intérêt social » de notre argent.

Plutôt que de recevoir quelques centimes de plus sur notre compte à la fi n de l’année, nous préférons savoir que notre argent a pu donner un coup de pouce à une initiative intéressante. Par exemple, les derniers
projets qui ont été financés ont permis de rénover une salle communautaire du côté de Ciney, de rendre conforme
aux exigences des pompiers une salle de réunion dans une maison d’accueil pour toxicomanes, ou encore d’aider la trésorerie d’un organisme qui accompagne des personnes surendettées.

Quand j’avais 12 ans, un prêtre chinois qui étudiait à Leuven, venait parfois en visite chez mes grands-parents. Un jour, il s’est amusé à prédire mon avenir dans les lignes de ma main : « Toi, tu seras banquier », m’a-t-il affirmé. En fait, je l’ai été d’une certaine façon mais un banquier solidaire. »

Article publié dans  le N°5 de mars 07 du Magasine Financité.